Les cycles de réincarnation dans le voyage de la stabilité financière - De Visa aux Stablecoins

L’histoire de la monnaie n’a jamais été une ligne droite. Elle suit plutôt trois cycles récurrents — des cycles qui se répètent lorsque la technologie et l’organisation sociale rencontrent le même problème sous différentes formes. Ces trois cycles ne sont pas simplement des coïncidences historiques, mais reflètent des défis fondamentaux liés à la structure et à l’organisation. En observant l’industrie des stablecoins aujourd’hui, il est évident qu’ils répètent les erreurs commises par l’industrie des cartes de crédit.

Cycle 1 : Fragmentation du réseau de paiement dans les années 1960

Dans les années 1960, le système de paiement mondial était en pleine désorganisation. Chaque grande banque à travers les États-Unis voulait construire son propre réseau de cartes de crédit. Résultat : un système de paiement divisé en une dizaine de réseaux indépendants, chacun fonctionnant dans sa propre sphère.

Si vous possédez une carte de crédit de Bank of America, vous ne pouvez l’utiliser que dans les magasins partenaires de cette banque. Lorsqu’une transaction doit traverser plusieurs banques, le système doit s’appuyer sur une infrastructure de chèques obsolète et encombrante. Les difficultés de paiement interbancaire deviennent un cauchemar, et chaque nouvelle banque intégrée au réseau complique davantage la situation. C’est l’image d’un système fragmenté — où la puissance de l’effet de réseau est divisée en petits morceaux, empêchant quiconque de profiter pleinement des économies d’échelle.

Cycle 2 : La naissance de Visa suite à l’échec de BankAmericard

American Express a tenté de résoudre ce problème en construisant son propre réseau, mais ils ne pouvaient atteindre qu’un nombre limité de commerçants et de clients étape par étape. Ce modèle limitait leur capacité d’expansion. Pendant ce temps, BankAmericard — propriété de Bank of America — rencontrait un autre problème d’infrastructure : ils ne disposaient pas d’un système de paiement efficace pour traiter les transactions entre comptes de différentes banques.

La solution n’est pas venue d’une technologie plus avancée, mais d’une organisation différente. En 1970, Visa a été créée comme une organisation coopérative indépendante. Plutôt que qu’une seule banque contrôle tout le réseau, Visa donne le pouvoir à toutes les banques membres.

Dee Hock, le fondateur de Visa, a initié une révolution de la pensée. Il ne vendait pas un produit aux banques, mais leur vendait un avenir. Il a dû convaincre des centaines de banques que participer à un réseau commun serait plus rentable que de construire leur propre système. Et il a réussi. En 1980, Visa traitait environ 60 % des transactions par carte de crédit aux États-Unis. Aujourd’hui, Visa opère dans plus de 200 pays.

Quatre piliers pour construire l’effet de réseau double de Visa

Le succès de Visa ne repose pas sur l’instinct ou la chance, mais sur quatre éléments structurels soigneusement conçus.

Premier, la position neutre du tiers. Visa ne participe pas à la lutte pour la part de marché entre banques. En maintenant son indépendance, Visa garantit qu’aucune banque ne se sente menacée. Au contraire, les banques rivalisent pour attirer des clients et gagner des parts de marché.

Deuxième, un modèle de partage des bénéfices transparent. Chaque banque membre reçoit une part des bénéfices de tout le réseau, proportionnelle au volume total de transactions qu’elle traite. Cela incite les grandes banques à participer, car elles reçoivent une récompense significative, et les petites banques ont aussi intérêt à rejoindre, profitant de l’effet d’échelle du réseau entier.

Troisième, la gouvernance décentralisée. Les règles et modifications de Visa ne sont pas décidées par une seule personne ou un petit groupe, mais doivent être approuvées par tous les banques par vote. Une proposition doit obtenir 80 % des voix pour être adoptée. Cela garantit qu’aucune banque ne soit laissée de côté.

Quatrième, les clauses de stratégie exclusive. Les banques participantes ne peuvent utiliser que le réseau Visa, créant ainsi un effet de réseau double. Pour interagir avec n’importe quelle autre banque du réseau Visa, il faut faire partie de ce réseau. Cette combinaison crée une boucle de rétroaction positive puissante.

Cycle 3 : Les stablecoins répètent l’histoire

Aujourd’hui, nous assistons à la répétition de ces trois cycles dans le domaine des stablecoins. Comme dans les années 1960, le secteur des stablecoins est fragmenté en des centaines de tokens différents. Des entreprises comme Anchorage Digital, Ethena, M0 et Bridge fournissent des outils permettant à chaque émetteur de créer son propre stablecoin.

Le résultat est contre-productif. Plus de 300 stablecoins sont listés sur la plateforme Defillama, mais aucun n’est suffisamment grand pour devenir une norme réelle. La liquidité est dispersée. Chaque stablecoin existe dans son propre écosystème, créant des centaines de pools de liquidité petits et dispersés, plutôt qu’un seul pool massif et unifié.

Ce problème diffère notablement de celui des cartes de crédit. Dans ce cas, la différence de marque entre banques ne crée pas de friction dans la transaction — Visa reste la couche de paiement fondamentale. Mais avec les stablecoins, chaque token différent implique un pool de liquidité distinct, et les applications ne vont accepter que ceux qui ont la plus haute liquidité sur le marché. Résultat : une sélection naturelle favorise quelques monnaies, tandis que les autres sont laissées de côté.

MegaETH a tenté de résoudre ce problème en lançant USDm via l’outil USDtb, mais ce modèle s’est avéré infructueux. Il a simplement aggravé la fragmentation.

Le modèle Visa pour les stablecoins — La solution aux trois cycles

Pour sortir de ces trois cycles, il faut adopter un modèle similaire à celui de Visa. Au lieu de permettre à chaque organisation d’émettre son propre stablecoin, il faut que des organisations tierces indépendantes gèrent des stablecoins basés sur différents actifs sous-jacents.

Les éléments clés sont :

Premièrement, une structure coopérative indépendante. Comme Visa, les émetteurs de stablecoins et les applications qui les supportent ne doivent pas être des contrôleurs exclusifs, mais des membres égaux d’un système coopératif.

Deuxièmement, un modèle de profit équitable. Les émetteurs et protocoles participants devraient recevoir une part des bénéfices issus des réserves, proportionnelle au soutien qu’ils apportent. Cela crée une incitation économique à rejoindre un réseau unifié.

Troisièmement, la gouvernance. Chaque membre doit avoir une voix dans la direction du développement du stablecoin. Cela garantit transparence et empêche une organisation unique de contrôler tout le système.

En combinant ces trois éléments, l’effet de réseau sera maximisé. La liquidité ne sera pas dispersée, mais concentrée dans quelques stablecoins largement reconnus. Les applications choisiront d’accepter ces stablecoins car ils sont très liquides et soutenus par un réseau mondial.

Conclusion : Comprendre les trois cycles pour éviter de répéter l’histoire

Les trois cycles ne sont pas une fatalité. Ce sont des leçons de l’histoire. Visa a montré que face à la fragmentation et aux problèmes d’effet de réseau, une organisation structurée — et non une technologie supérieure — est la clé pour résoudre ces défis.

Les stablecoins sont aujourd’hui confrontés à trois cycles similaires : fragmentation, échec et opportunité de reconstruire correctement. Si l’industrie apprend de l’histoire, le modèle Visa ne sera pas seulement une option viable, mais la seule voie vers un système de stablecoins véritablement unifié, efficace et durable à l’échelle mondiale.

TOKEN0,3%
ENA-6,27%
Voir l'original
Cette page peut inclure du contenu de tiers fourni à des fins d'information uniquement. Gate ne garantit ni l'exactitude ni la validité de ces contenus, n’endosse pas les opinions exprimées, et ne fournit aucun conseil financier ou professionnel à travers ces informations. Voir la section Avertissement pour plus de détails.
  • Récompense
  • Commentaire
  • Reposter
  • Partager
Commentaire
0/400
Aucun commentaire
  • Épingler

Trader les cryptos partout et à tout moment
qrCode
Scan pour télécharger Gate app
Communauté
Français (Afrique)
  • 简体中文
  • English
  • Tiếng Việt
  • 繁體中文
  • Español
  • Русский
  • Français (Afrique)
  • Português (Portugal)
  • Bahasa Indonesia
  • 日本語
  • بالعربية
  • Українська
  • Português (Brasil)