L’humanité n’a jamais vraiment échappé à une problématique fondamentale : lorsque le consensus disparaît, tout progrès se retourne contre lui-même.
De l’algorithme individuel au dilemme collectif
Chaque décision comportementale derrière chaque individu cache une sorte de “programme de base” — que nous appelons principes. Ces principes ne sont pas des concepts abstraits, mais des mécanismes concrets qui façonnent nos choix. Ils déterminent si nous sommes prêts à faire des compromis face à des conflits extrêmes ; ils hiérarchisent nos priorités en matière d’argent, de pouvoir, de survie.
Fascinant, en revisitant l’histoire de la civilisation humaine, on découvre une étonnante homothétie : peu importe la région ou la culture, toutes les sociétés ont développé indépendamment des cadres éthiques similaires.
Pourquoi ? Parce qu’elles cherchent toutes à résoudre la même problématique : comment utiliser des institutions informelles pour contraindre le comportement individuel, afin de réduire le coût de la coopération sociale. Religion, éthique, coutumes — ces éléments apparemment mystérieux sont en réalité des mécanismes d’incitation, visant à orienter l’individu vers une optimisation systémique plutôt que la simple maximisation de soi.
Le bien et le mal ne sont pas une question morale, mais une problématique économique
Une erreur courante consiste à considérer le bien et le mal comme des opposés binaires. En réalité, du point de vue de l’efficacité systémique :
“Bien” = comportements pouvant augmenter la production totale de la société (externalités positives) “Mal” = comportements nuisant à l’intérêt général, générant des coûts sociaux (externalités négatives)
Il ne s’agit pas d’un jugement de valeur, mais d’un jugement d’efficacité. Lorsqu’une personne adopte une stratégie de “donner plus que demander”, le coût pour celui qui aide est souvent bien inférieur à l’augmentation de bénéfice pour celui qui reçoit. Cette réciprocité altruiste a un nom en théorie des jeux : la configuration gagnant-gagnant. Elle permet de créer une croissance de valeur non nulle-somme, condition essentielle au bon fonctionnement d’une société complexe.
La qualité du capital humain dépend en fin de compte d’une caractéristique : la capacité de l’individu à s’engager et à réaliser une maximisation collective. La confiance, la modération, le courage — ces qualités ne sont pas des différences culturelles, mais des choix techniques. Toutes les sociétés qui ont réussi ont choisi de les valoriser.
Que se passe-t-il lorsque le système de signalisation échoue
C’est là que réside la véritable crise.
Dans la société contemporaine, le consensus sur le bien et le mal est en train de se désintégrer de façon sans précédent. À la place, s’installe un narcissisme brut : la domination absolue de l’argent et du pouvoir devient la nouvelle “pratique” ou “principe”. Pire encore, cette vision des valeurs s’est infiltrée dans nos productions culturelles — nous ne disposons plus d’exemples porteurs de sens moral.
Conséquences ? Quand des enfants grandissent dans un environnement dépourvu de modèles d’incitation appropriés, la consommation de drogues, la violence, le taux de suicides augmentent, et l’écart entre riches et pauvres se creuse. Ces phénomènes ne sont pas seulement des symptômes de la chute des principes sociaux, mais aussi ses renforcements.
Ironie du sort, l’histoire nous enseigne cela à répétition. Nombre de croyants ont trahi l’esprit de coopération de leur religion en se battant pour le pouvoir ou des intérêts personnels. En abandonnant la superstition religieuse, ils ont aussi, à tort, rejeté certains normes sociales bénéfiques, laissant un vide institutionnel. Personne ne l’a comblé.
La technologie n’est pas le sauveur
Une illusion courante : la croyance qu’un progrès technologique rapide résoudra automatiquement nos problèmes sociaux.
Mais la vérité historique est plus froide : la technologie est un levier neutre, capable d’amplifier à la fois le bien et le mal. Des armes nucléaires aux réseaux sociaux, des dérivés financiers à l’intelligence artificielle — la technologie n’a jamais éliminé le conflit, elle en a simplement changé la forme et l’ampleur.
La croissance exponentielle de la productivité n’a pas entraîné une évolution morale. Au contraire, lorsque le pouvoir technologique est déséquilibré, il devient un outil de répression.
Pourquoi y a-t-il encore de l’espoir
Voici le tournant.
Malgré la déstabilisation totale de nos systèmes de principes, nous disposons du coffre à outils le plus puissant de l’histoire. Si nous parvenons à tisser à nouveau un réseau de principes basé sur “l’avantage mutuel” — non sur des hypothèses surnaturelles, mais sur l’efficacité et la stabilité systémique — nous pouvons dénouer toutes les crises systémiques.
L’essentiel est : prendre conscience que la séparation entre l’optimal individuel et l’optimal systémique est la racine de tous nos problèmes. La véritable “spiritualité” ne réside pas dans des expériences mystiques, mais dans la conscience que chaque individu fait partie d’un tout, et dans l’ajustement de ses incitations en conséquence.
La société moderne n’a pas besoin de revenir à la religion traditionnelle, mais d’extraire de ses enseignements ce qui a traversé les millénaires sans vieillir : une base éthique commune, un engagement envers l’interdépendance, le respect du bien collectif.
Ce ne sont pas des options. Ce sont les infrastructures fondamentales permettant à une société complexe de fonctionner durablement.
Conclusion
Si l’algorithme de base détermine le destin de l’individu, le consensus détermine la trajectoire de la société. Lorsque nous perdons la compréhension de ce qui est bon ou mauvais, le progrès technologique devient un accélérateur de la désintégration sociale.
Recréer un dialogue entre éthique et esprit religieux ne consiste pas à ressusciter une doctrine, mais à retrouver cette architecture efficace de fonctionnement social que nous avons autrefois possédée. Cette fois, il faut l’exprimer en termes d’économie.
Voir l'original
Cette page peut inclure du contenu de tiers fourni à des fins d'information uniquement. Gate ne garantit ni l'exactitude ni la validité de ces contenus, n’endosse pas les opinions exprimées, et ne fournit aucun conseil financier ou professionnel à travers ces informations. Voir la section Avertissement pour plus de détails.
L'effondrement du système : pourquoi l'éthique commune est en train de s'effondrer, alors que la technologie ne peut pas nous sauver
L’humanité n’a jamais vraiment échappé à une problématique fondamentale : lorsque le consensus disparaît, tout progrès se retourne contre lui-même.
De l’algorithme individuel au dilemme collectif
Chaque décision comportementale derrière chaque individu cache une sorte de “programme de base” — que nous appelons principes. Ces principes ne sont pas des concepts abstraits, mais des mécanismes concrets qui façonnent nos choix. Ils déterminent si nous sommes prêts à faire des compromis face à des conflits extrêmes ; ils hiérarchisent nos priorités en matière d’argent, de pouvoir, de survie.
Fascinant, en revisitant l’histoire de la civilisation humaine, on découvre une étonnante homothétie : peu importe la région ou la culture, toutes les sociétés ont développé indépendamment des cadres éthiques similaires.
Pourquoi ? Parce qu’elles cherchent toutes à résoudre la même problématique : comment utiliser des institutions informelles pour contraindre le comportement individuel, afin de réduire le coût de la coopération sociale. Religion, éthique, coutumes — ces éléments apparemment mystérieux sont en réalité des mécanismes d’incitation, visant à orienter l’individu vers une optimisation systémique plutôt que la simple maximisation de soi.
Le bien et le mal ne sont pas une question morale, mais une problématique économique
Une erreur courante consiste à considérer le bien et le mal comme des opposés binaires. En réalité, du point de vue de l’efficacité systémique :
“Bien” = comportements pouvant augmenter la production totale de la société (externalités positives)
“Mal” = comportements nuisant à l’intérêt général, générant des coûts sociaux (externalités négatives)
Il ne s’agit pas d’un jugement de valeur, mais d’un jugement d’efficacité. Lorsqu’une personne adopte une stratégie de “donner plus que demander”, le coût pour celui qui aide est souvent bien inférieur à l’augmentation de bénéfice pour celui qui reçoit. Cette réciprocité altruiste a un nom en théorie des jeux : la configuration gagnant-gagnant. Elle permet de créer une croissance de valeur non nulle-somme, condition essentielle au bon fonctionnement d’une société complexe.
La qualité du capital humain dépend en fin de compte d’une caractéristique : la capacité de l’individu à s’engager et à réaliser une maximisation collective. La confiance, la modération, le courage — ces qualités ne sont pas des différences culturelles, mais des choix techniques. Toutes les sociétés qui ont réussi ont choisi de les valoriser.
Que se passe-t-il lorsque le système de signalisation échoue
C’est là que réside la véritable crise.
Dans la société contemporaine, le consensus sur le bien et le mal est en train de se désintégrer de façon sans précédent. À la place, s’installe un narcissisme brut : la domination absolue de l’argent et du pouvoir devient la nouvelle “pratique” ou “principe”. Pire encore, cette vision des valeurs s’est infiltrée dans nos productions culturelles — nous ne disposons plus d’exemples porteurs de sens moral.
Conséquences ? Quand des enfants grandissent dans un environnement dépourvu de modèles d’incitation appropriés, la consommation de drogues, la violence, le taux de suicides augmentent, et l’écart entre riches et pauvres se creuse. Ces phénomènes ne sont pas seulement des symptômes de la chute des principes sociaux, mais aussi ses renforcements.
Ironie du sort, l’histoire nous enseigne cela à répétition. Nombre de croyants ont trahi l’esprit de coopération de leur religion en se battant pour le pouvoir ou des intérêts personnels. En abandonnant la superstition religieuse, ils ont aussi, à tort, rejeté certains normes sociales bénéfiques, laissant un vide institutionnel. Personne ne l’a comblé.
La technologie n’est pas le sauveur
Une illusion courante : la croyance qu’un progrès technologique rapide résoudra automatiquement nos problèmes sociaux.
Mais la vérité historique est plus froide : la technologie est un levier neutre, capable d’amplifier à la fois le bien et le mal. Des armes nucléaires aux réseaux sociaux, des dérivés financiers à l’intelligence artificielle — la technologie n’a jamais éliminé le conflit, elle en a simplement changé la forme et l’ampleur.
La croissance exponentielle de la productivité n’a pas entraîné une évolution morale. Au contraire, lorsque le pouvoir technologique est déséquilibré, il devient un outil de répression.
Pourquoi y a-t-il encore de l’espoir
Voici le tournant.
Malgré la déstabilisation totale de nos systèmes de principes, nous disposons du coffre à outils le plus puissant de l’histoire. Si nous parvenons à tisser à nouveau un réseau de principes basé sur “l’avantage mutuel” — non sur des hypothèses surnaturelles, mais sur l’efficacité et la stabilité systémique — nous pouvons dénouer toutes les crises systémiques.
L’essentiel est : prendre conscience que la séparation entre l’optimal individuel et l’optimal systémique est la racine de tous nos problèmes. La véritable “spiritualité” ne réside pas dans des expériences mystiques, mais dans la conscience que chaque individu fait partie d’un tout, et dans l’ajustement de ses incitations en conséquence.
La société moderne n’a pas besoin de revenir à la religion traditionnelle, mais d’extraire de ses enseignements ce qui a traversé les millénaires sans vieillir : une base éthique commune, un engagement envers l’interdépendance, le respect du bien collectif.
Ce ne sont pas des options. Ce sont les infrastructures fondamentales permettant à une société complexe de fonctionner durablement.
Conclusion
Si l’algorithme de base détermine le destin de l’individu, le consensus détermine la trajectoire de la société. Lorsque nous perdons la compréhension de ce qui est bon ou mauvais, le progrès technologique devient un accélérateur de la désintégration sociale.
Recréer un dialogue entre éthique et esprit religieux ne consiste pas à ressusciter une doctrine, mais à retrouver cette architecture efficace de fonctionnement social que nous avons autrefois possédée. Cette fois, il faut l’exprimer en termes d’économie.